Crise chez Chococam : 6 délégués menacés de licenciement

En pleine cession de l'entreprise à Minkama Capital, la direction tente d'écarter six représentants du personnel. L'Inspection du travail ouvre une enquête.

29 Octobre 2026 - 08:11
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Crise chez Chococam : 6 délégués menacés de licenciement
La société Chococam S.A. traverse une crise sociale sans précédent à la veille de son changement d'actionnariat. Alors que le groupe sud-africain Tiger Brands s'apprête à céder la totalité de sa participation (74,69 %) au fonds d'investissement Minkama Capital, un bras de fer juridique et syndical oppose la Direction générale à six délégués du personnel défendant les intérêts de plus de 400 travailleurs. L'affaire, désormais entre les mains de l'Inspection du travail du Littoral, révèle de profondes fractures internes.

Le point d'orgue de ce conflit a été atteint avec la demande d'autorisation de licenciement formulée le 23 septembre 2026 par la direction à l'encontre de six représentants du personnel : Adrien Harding Edjenguele, Dieudonné Beng, Simon Pascal Njell, Félix Christian Bikondy, Arnaud Fridolin Taah Ndjee et Sylvestre Mbayen Tonye. Le 16 octobre 2026, l'Administrateur Directeur Général, Mouhamadou Ndiaye, a officiellement notifié la suspension du contrat de travail d'Adrien Edjenguele pour « faute lourde », en attendant la décision finale de l'administration.

Une offensive patronale articulée autour de cinq griefs

La Direction des Ressources Humaines, pilotée par Alain Tonkeu, a adressé des demandes d'explications préalables accusant les délégués visés de plusieurs infractions graves au règlement intérieur. Les accusations s'articulent autour de cinq axes principaux :

  • Propagation de fausses informations : Il est reproché aux délégués d'avoir saisi la presse les 10 et 11 août 2026 pour dénoncer une violation des lois sociales et un climat de contestation.
  • Diffamation et mise en péril de la cession : La direction fustige un courrier électronique envoyé le 22 août 2026 à la conformité de BGFIBank (partenaire financier de Minkama Capital). Ce courriel demandait la suspension du financement en dénonçant l'opacité de la transaction et la dissimulation d'un passif social massif.
  • Trouble à la bonne marche de l'entreprise : Les délégués auraient accusé la Direction, dans une correspondance du 25 août adressée à Tiger Brands, de détourner les fonds de la mutuelle, affirmant que sur 300 millions de FCFA générés par la vente de rebuts, seuls 85 millions lui étaient alloués annuellement.
  • Manœuvres d'intimidation : La remise d'une convocation à un employé le 2 septembre 2026, pendant ses heures de service et sans informer les RH, est qualifiée de violation des pratiques internes.
  • Entrave à l'exercice syndical : Les six mis en cause sont accusés d'avoir unilatéralement exclu trois autres délégués du personnel (Maurice Kamgue, Francine Ndengue et Martin Enyegue) des groupes WhatsApp d'échanges professionnels.

La riposte : un « licenciement politique » pour étouffer les revendications

Face à ces accusations, les six délégués ont contre-attaqué via un mémorandum en défense particulièrement documenté, daté du 12 octobre 2026. Ils y dénoncent une mesure de représailles directement liée à l'exercice de leur mandat, soulignant que ce conflit survient alors que le différend collectif sur les droits liés à la cession demeure pendant devant le ministère du Travail.

Sur le plan juridique, la défense pointe un défaut d'individualisation flagrant : les griefs sont reprochés en bloc aux six travailleurs, exerçant des fonctions distinctes, sans préciser les responsabilités individuelles. Concernant l'alerte à BGFIBank, les délégués rappellent qu'elle a été adressée sous pli fermé à un service soumis au secret professionnel, excluant de facto toute qualification de diffamation publique. Ils estiment n'avoir fait qu'exercer leur devoir d'alerte sur un passif social non provisionné.

Le mémorandum met également en lumière une profonde division syndicale, accusant la direction de s'immiscer dans le fonctionnement de la représentation du personnel en s'appuyant sur la plainte de trois délégués dissidents (Kamgue, Ndengue, Enyegue) pour justifier l'éviction des six autres.

L'Inspection du travail joue la montre

Convoqués le 9 octobre 2026, les délégués ont été entendus par l'Inspection du travail en présence du DRH. Consciente de la complexité du dossier et de ses enjeux dépassant le simple cadre disciplinaire, la Déléguée Régionale du Travail du Littoral a officiellement notifié, par une correspondance du même jour, qu'un délai supplémentaire d'un mois, à compter du 29 octobre 2026, lui était nécessaire pour parachever son enquête conformément à l'article 130 alinéa 5 du Code du travail.

La décision finale de l'administration, attendue pour fin novembre, scellera non seulement le sort de ces six employés, mais donnera également le ton sur la gestion des acquis sociaux lors des fusions et acquisitions au Cameroun.

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