CAMEROUN : Démission de Nourane Foster du PCRN « La politique passe, la dignité humaine doit demeurer »
Dans une tribune poignante et engagée, l'écrivaine et militante sociale Marthe Cécile Micca réagit à la démission de la députée Nourane Foster du PCRN. Établissant un lien direct entre le harcèlement politique et le continuum des violences faites aux femmes, elle appelle à une prise de conscience collective et au retour de la courtoisie républicaine.
Voici l'intégralité de sa prise de parole :
Un acte de courage et de salubrité psychologique
Je voudrais adresser mes encouragements et féliciter Madame Nourane Foster d’avoir fait le choix de quitter le PCRN, le parti qui l’a révélée politiquement au peuple camerounais.
Le Cameroun traverse aujourd’hui une période particulièrement préoccupante, marquée par la recrudescence inquiétante des violences faites aux femmes et des féminicides. En tant que femme engagée dans la société civile et dans ce combat vital, j'encourage toutes les victimes à briser le silence, à se protéger et, lorsque cela devient nécessaire, à savoir prendre du recul et se soustraire aux environnements toxiques ou préjudiciables.
Car il faut avoir le courage de le dire haut et fort : le féminicide ne commence pas au moment où une femme perd la vie.
Il débute bien plus tôt, dans ces violences ordinaires que l'on tolère à tort :
Le mépris et les insultes publiques,
Les humiliations et les menaces répétées,
Les violences psychologiques, le rabaissement et le contrôle,
Toutes ces attitudes insidieuses qui finissent par banaliser la destruction d'une personne.
Nous condamnons toutes les formes de violence. Toutes, sans exception. Car la violence verbale et psychologique crée progressivement un terreau fertile dans lequel la violence physique la plus extrême devient possible.
Nourane Foster au PCRN : De l'icône à la cible
C’est dans cette perspective critique que nous devons observer les rapports humains au sein de l’espace politique.
S’agissant du parcours de Nourane Foster au sein de son ancienne formation politique, beaucoup ont pu constater, de l’extérieur, qu’elle semblait être la personnalité la plus exposée aux attaques et aux critiques au sein du groupe.
Tant que son dynamisme, sa capacité de mobilisation et son engagement servaient au rayonnement du parti, elle y trouvait toute sa place.
Dès lors qu’une erreur lui était reprochée ou qu’un désaccord surgissait, elle devenait aussitôt la cible de cabales et d’attaques collectives.
Au fil du temps, nous avons vu circuler des adjectifs rabaissants et des insinuations perfides à son endroit, certains allant jusqu’à la traiter de « serpent à deux têtes », de « vendeuse de mèches », ou à lui prêter de sombres intentions.
Il ne m’appartient pas de juger des différends internes au PCRN. Mais une vérité absolue doit être rappelée : le désaccord politique ne doit jamais conduire à la déshumanisation de l’adversaire, encore moins lorsqu’il s’agit d’une femme.
Un appel à l'apaisement et à la retenue républicaine
Aujourd’hui, alors que Nourane Foster prend la décision de partir, il convient de noter que certains dirigeants du PCRN, à commencer par son leader, adoptent une posture empreinte de courtoisie. Il faut saluer cette retenue et espérer qu’elle demeure la norme.
En revanche, les réactions haineuses de certains militants et sympathisants, qui continuent de recourir aux attaques personnelles et aux insultes, démontrent qu'un cap reste à franchir. C’est précisément cet état d’esprit destructeur que nous devons dépasser.
Mme Foster, je vous encourage dans votre démarche. En tant que femme, vous avez le droit fondamental de faire vos choix politiques, de changer d’orientation et de poursuivre votre engagement dans un autre cadre, sans que cela ne fasse de vous une ennemie à abattre.
J’en profite pour lancer un appel solennel aux militants et sympathisants du PCRN : faisons preuve d’apaisement, de retenue et de courtoisie républicaine.
La rupture n’est pas la fin d'une relation : elle marque simplement la fin d'une étape.
Nous sommes en République : nous sommes appelés à nous côtoyer, à débattre, à porter des projets divergents et, parfois, à nous retrouver autour de nouveaux idéaux.
Quitter un parti ne devrait jamais signifier devenir un ennemi.
La politique passe. La dignité humaine, elle, doit demeurer.
Marthe Cécile Micca Écrivaine, Infirmière diplômée, Militante sociale Auteure de « Mbalmayo, Terre de Grâces »
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