Raffinerie CSTAR : le choix modulaire pour un Cameroun industriel
Grâce à la technologie modulaire, le projet CSTAR de raffinerie et dépôt à Kribi respecte son calendrier, promettant création d’emplois, industrialisation et autonomie énergétique.
Le projet CSTAR franchit une étape décisive. Le week-end dernier, une délégation conduite par Nathalie Moudiki a bouclé la visite de l’un des sites de fabrication des modules, confirmant que le planning de la future raffinerie couplée à un dépôt stratégique de produits pétroliers à Kribi est scrupuleusement respecté. Une avancée qui doit beaucoup à un pari technologique audacieux : la modularisation.
Six ans après l’incendie qui avait paralysé l’unique raffinerie du pays, la Société nationale des hydrocarbures (SNH) et ses partenaires – Ariana Energy, le Consortium RCG et Tradex – rompent avec les chantiers pharaoniques. Plutôt que d’ériger l’intégralité de l’installation sur place, la raffinerie est découpée en modules préfabriqués en usine, testés, puis transportés pour assemblage sur le site. Ce procédé permet d’exécuter simultanément les travaux de génie civil, de terrassement et la fabrication des équipements, réduisant les délais de 20 à 50 % selon les études sectorielles. Les modules intègrent distillation, traitement, stockage et systèmes électriques, chaque unité étant éprouvée en environnement contrôlé avant expédition.
Au-delà de la performance technique, CSTAR s’inscrit explicitement dans la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), dont les trois piliers – transformation structurelle de l’économie, accélération de l’industrialisation et création d’emplois durables pour la jeunesse – trouvent ici une traduction concrète. « Une économie ne se développe pas en exportant ce qu’elle extrait, mais en maîtrisant ce qu’elle transforme », résume un expert proche du dossier. Avec une capacité envisagée entre 5 000 et 30 000 barils par jour, la raffinerie CSTAR ambitionne de réduire la dépendance aux importations de produits raffinés tout en posant les fondations d’un écosystème industriel local.
La technologie modulaire n’est pas une première en Afrique. Le complexe Dangote au Nigeria a intégré des milliers de modules, l’Angola a misé sur une montée en puissance progressive à Cabinda, et des mini-raffineries essaiment dans le delta du Niger, en Namibie, au Kenya ou en Ouganda. L’atout pour le Cameroun est double : une maîtrise des coûts grâce à la fabrication en environnement contrôlé, et une réduction de la main-d’œuvre spécialisée sur le site final, un facteur clé dans une région où les compétences techniques peuvent être rares. En outre, la sécurité progresse, l’essentiel des travaux à risque étant réalisé en atelier.
Le transport des modules n’est toutefois pas sans contraintes. Les limitations des infrastructures routières et portuaires imposent une conception très détaillée en amont et peuvent alourdir la facture logistique. Mais pour le Cameroun, la balance penche résolument du côté des bénéfices. La nature même du projet – une raffinerie adossée à un dépôt stratégique – vise à sécuriser l’approvisionnement national tout en ouvrant des perspectives commerciales régionales.
Sur le terrain, les travaux de déforestation et de terrassement avancent au rythme prévu, pendant que les modules sont fabriqués pour un assemblage en temps voulu. La délégation s’est dite « visiblement satisfaite », de quoi rassurer les investisseurs comme les pouvoirs publics. La mise en service de CSTAR permettra au Cameroun de franchir un cap décisif vers la souveraineté énergétique, un thème cher au gouvernement, et de générer les emplois qualifiés promis à une jeunesse en quête d’opportunités.
L’impact du projet ne se limitera pas au secteur des hydrocarbures. En structurant un tissu de sous-traitance, de maintenance et de services, CSTAR peut faire émerger de nouvelles perspectives économiques pour la région de Kribi et au-delà. En misant sur la technologie modulaire, le Cameroun fait le pari d’une industrialisation accélérée, pragmatique et adaptée aux réalités du continent. La route est encore longue, mais les premiers kilomètres sont parcourus.
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