Cameroun : 216 sociétés épinglées pour orpaillage illégal
Le ministère des Mines publie une liste de 216 entreprises et exploitants opérant illégalement dans les régions de l'Est et de l'Adamaoua.
Un document officiel obtenu auprès du ministère des Mines, de l'Industrie et du Développement Technologique révèle l'ampleur d'un phénomène longtemps dénoncé sans preuve documentée : 216 entreprises et exploitants individuels ont été formellement identifiés comme opérant dans l'illégalité dans les régions de l'Est et de l'Adamaoua. Cette publication constitue un acte de transparence inédit, mais elle ouvre autant de questions qu'elle en referme.
Un registre qui documente l'illégalité à grande échelle
Le rapport ministeriel dresse un état des lieux détaillé de l'exploitation aurifère artisanale et semi-mécanisée dans deux des principales zones aurifères du pays. Les infractions documentées sont variées : exploitation sans autorisation, non-respect des obligations environnementales, abandon de sites, dépassement des périmètres attribués, ou incapacité à atteindre les seuils minimaux de production exigés par la réglementation nationale. Parmi les entités concernées figurent des entreprises locales et étrangères, dont plusieurs opèrent sous des identités partiellement inconnues des services de l'État.
Les sociétés épinglées sont nombreuses : Alpha Mining, Shunda Mining, Sky Gold Mining, Wu Mining, Xin Xin Mining, Galaxy Mining, Gold River, Phoenix International, Camero Huijin Mining, Solidarité Minière du Cameroun (SOMCA), MBC Mining SARL, Levi Holdings SARL, Duc In Altum Mining SARL, Batouri Mining Plus, Nouvelle Vision Mining SARL, Silverstone Mining, Green Stones and Metals, et une centaine d'autres entités aux dénominations révélatrices d'une présence étrangère massive, notamment chinoise. Le document cite également des personnes physiques directement associées à certaines activités, parmi lesquelles Aniele Eugène, Moustapha Halil, Kuete Gustave, Ernest Ngoh Fonang et Djombi Emile Zoller.
Un signal positif, des questions sans réponse
Le ministère indique que certaines des entreprises concernées ont engagé un processus de régularisation dans le cadre du plan gouvernemental d'assainissement du secteur minier. C'est une évolution notable. Elle ne saurait toutefois occulter l'essentiel : quelles sanctions ont été effectivement prononcées ? Quels sites ont été fermés ? Quels dossiers ont été transmis aux juridictions compétentes ? L'absence de réponses publiques à ces questions laisse planer un doute légitime sur la portée réelle de la démarche.
Par ailleurs, la publication de cette liste invite à la prudence sur un autre plan. Plusieurs noms régulièrement mis en cause dans le débat public n'apparaissent pas dans ce registre officiel. Dans un État de droit, l'accusation sans preuve documentée n'est pas une forme de justice — c'en est une autre forme.
Où va l'or camerounais ?
La question centrale que soulève ce document dépasse la seule liste des contrevenants. Elle touche à la souveraineté économique du pays. L'or extrait des sous-sols camerounais quitte majoritairement le territoire à l'état brut — minerai grossièrement trié, lingots non certifiés, pépites sans traçabilité — pour être raffiné et valorisé à l'étranger, notamment à Dubaï, devenu l'une des principales places mondiales du négoce de l'or africain.
Ce schéma n'est pas une fatalité. Il est le symptôme d'un vide stratégique que le Cameroun a les moyens de combler, à condition de passer de l'enregistrement des irrégularités à leur sanction effective, et de la simple exportation de ressources brutes à une politique de transformation locale assumée.
La rédaction
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