Cameroun : 10 000 jeunes formés au plantain chaque année
Un accord tripartite vise à créer 10 000 entreprises agricoles en cinq ans, alliant formation universitaire et production commerciale de plantain.
Cameroun : quand l’université forme des entrepreneurs agricoles avant même la diplomation
À Awae, dans la périphérie de Yaoundé, un vent nouveau souffle sur les campus. Le 27 mars 2026, la signature d’un accord-cadre tripartite entre la Filière Banane Plantain du Cameroun (FBPC), la Green Spring Digital University (GSDUI) et l’Empowerher Tech Foundation (EHTF) a scellé un pari audacieux : faire de l’étudiant un acteur économique à part entière, avant même qu’il ne décroche son diplôme.
Porté par les ambitions de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30) et soutenu par une enveloppe de 50 milliards de FCFA inscrite dans la loi de finances 2026, ce programme entend transformer le plantain — produit de base de l’alimentation camerounaise — en véritable levier d’emplois pour la jeunesse.
« Un jeune, une plantation de banane plantain, un marché, un compte bancaire »
Ce slogan résume l’ambition du projet : ne plus séparer formation théorique et insertion professionnelle, mais les conjuguer dans une logique de production immédiate.
Un modèle économique rodé et des résultats concrets
L’accord prévoit sur cinq ans la création de 10 000 entreprises agricoles, portées par autant d’étudiants incubés tout au long de leur cursus. Chaque jeune bénéficiera d’un accompagnement technique, d’un accès au foncier et de contrats d’achat sécurisés garantissant l’écoulement de sa production.
Les premiers chiffres de la phase pilote donnent le ton : 27 étudiants engagés ont généré un chiffre d’affaires projeté de 45 millions de FCFA en seulement dix mois. Une performance qui valide la pertinence d’un modèle où l’agriculture cesse d’être un choix par défaut pour devenir une filière d’excellence.
| Indicateur | Objectif |
|---|---|
| Jeunes incubés | 10 000 en cinq ans |
| Entreprises créées | 10 000 |
| Enveloppe budgétaire dédiée | 50 milliards FCFA |
| Chiffre d’affaires pilote (27 étudiants) | 45 millions FCFA en 10 mois |
Des campus transformés en pôles de production
Au-delà de la simple culture du plantain, l’initiative prévoit l’installation d’unités de transformation sur les sites universitaires. L’objectif est de capter la valeur ajoutée localement, en produisant non seulement des régimes frais mais aussi des dérivés transformés (chips, farine, etc.).
Cette approche répond à un double enjeu :
-
Renforcer la souveraineté alimentaire du Cameroun en réduisant la dépendance aux importations
-
Redonner de la viabilité financière aux instituts privés, en les inscrivant dans une dynamique de production et d’innovation
Un apprentissage ancré dans le réel
La cérémonie de signature s’est déroulée en présence du ministre de l’Agriculture, Gabriel Mbaïrobé, qui a procédé à la remise de kits d’amorçage aux premiers bénéficiaires. Un geste symbolique mais concret, accompagné du lancement d’une immersion technique à Kribi, où les étudiants pourront se former sur le terrain aux pratiques agricoles modernes.
Pour les partenaires du projet, cette immersion marque une rupture avec les approches académiques classiques. L’apprentissage ne se fait plus seulement en amphithéâtre, mais au contact des réalités du marché et des exigences de la production.
Un modèle qui redéfinit le rapport des jeunes à l’agriculture
Longtemps perçue comme une activité de subsistance ou un recours faute de mieux, l’agriculture change de visage au Cameroun. Avec ce programme, elle devient une filière structurée, rentable et porteuse d’avenir pour une jeunesse confrontée à un chômage de masse.
L’initiative s’inscrit dans une dynamique plus large impulsée par les pouvoirs publics, qui voient dans l’agribusiness un des piliers de la diversification économique du pays. La banane plantain, produit stratégique pour la sécurité alimentaire et le marché local, apparaît comme un vecteur privilégié de cette transformation.
Conclusion : un pacte générationnel à concrétiser
L’accord d’Awae ne se contente pas d’annoncer des chiffres ambitieux. Il pose les bases d’un nouveau modèle de formation où l’université, l’industrie agricole et les fondations technologiques unissent leurs forces pour créer des emplois durables.
Reste à transformer l’essai. La réussite du programme dépendra de la capacité des acteurs à maintenir le cap sur les cinq ans, à garantir l’accès effectif au foncier et aux financements, et à pérenniser les débouchés commerciaux. Mais le signal est clair : au Cameroun, l’agriculture devient une affaire de jeunes, d’entrepreneurs et de vision stratégique.
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