SNH et le Raffinage au Cameroun : Une Vision pour la Souveraineté Économique
Le Cameroun engage une transformation stratégique en s’appuyant sur le raffinage et la maîtrise de sa chaîne de valeur pétrolière. Une vision ambitieuse qui dépasse les contraintes actuelles pour répondre aux exigences de la souveraineté économique.
Transformer les contraintes en opportunités : une ambition claire pour le Cameroun
Une nation ne construit pas son avenir en fonction de ses limitations, mais en suivant ses ambitions. Les contraintes, bien que réelles, ne doivent pas dicter l’évolution d’une trajectoire économique. Le Cameroun fait face à des défis, notamment dans le domaine des devises étrangères, mais ces obstacles ne doivent pas être perçus comme des barrières insurmontables. Au contraire, ils représentent le point de départ pour bâtir une nouvelle configuration économique.
À travers sa Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30), le Cameroun s’est fixé un objectif ambitieux : transformer localement ses ressources naturelles, intégrer les chaînes de valeur du brut au raffinage, et créer une économie capable de retenir durablement la valeur sur son territoire. Dans cette optique, le rôle de la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) devient central. Loin d’être un simple acteur sectoriel, la SNH agit comme un levier stratégique pour structurer l’industrie et renforcer l’autonomie économique du pays.
CSTAR : un projet structurant pour l’avenir énergétique
La création de CSTAR, une société issue du partenariat entre la SNH, Ariana Energy, le Consortium RCG et TRADEX S.A., marque une étape décisive pour le Cameroun. Ce projet, lancé six ans après l’incendie de l’unique raffinerie du pays en mai 2019, vise à étendre et diversifier les capacités de raffinage. Implantée dans la zone portuaire de Kribi, la nouvelle raffinerie permettra de transformer localement le pétrole brut camerounais, réduisant ainsi la dépendance du pays aux produits pétroliers importés.
Ce projet structurant répond à une vision stratégique : ne pas céder la valeur créée. Il s’agit de passer d’une économie d’exportation de matières premières à une économie de transformation locale, capable de capter les bénéfices industriels et économiques associés.
Des exemples internationaux inspirants
Le Cameroun s’inspire des trajectoires réussies d’autres nations. La Norvège, par exemple, n’a pas simplement extrait du pétrole. Elle a construit une chaîne de valeur intégrée, formé des compétences locales et capitalisé sur sa production, créant ainsi un fonds souverain aujourd’hui valorisé à plus de 1 400 milliards de dollars. De même, les Émirats arabes unis, grâce à des investissements stratégiques dans le raffinage et la pétrochimie, ont transformé leurs ressources naturelles en leviers de puissance économique, avec une capacité de raffinage dépassant 1,2 million de barils par jour.
Ces modèles montrent qu’une gestion proactive des ressources pétrolières peut transformer une économie. Ils reposent sur une décision clé : retenir la valeur au niveau national et ne pas exporter uniquement des matières premières. Le Cameroun entend suivre cette voie en misant sur le projet CSTAR, qui s’inscrit dans une logique de long terme, bien au-delà des urgences énergétiques immédiates.
Réduire la dépendance et retenir la richesse
Actuellement, près de 70 % des produits pétroliers consommés en Afrique subsaharienne sont importés , malgré des ressources locales abondantes. Cette dynamique représente une fuite de valeur estimée à 30 milliards de dollars par an à l’échelle du continent, un manque à gagner colossal. Avec le projet CSTAR, le Cameroun entend inverser cette tendance en réduisant progressivement sa dépendance aux importations de produits raffinés.
Le projet prévoit :
- Une raffinerie d’une capacité de 30 000 barils/jour , opérationnelle en 2028.
- Un dépôt stratégique de carburant, capable de stocker entre 250 000 et 300 000 mètres cubes de produits pétroliers comme le gasoil, l’essence, le kérosène et le Jet A1.
- Une réduction de 30 % des importations de produits pétroliers, générant une économie annuelle de 750 millions de dollars.
Ces infrastructures permettront non seulement de stabiliser l’économie camerounaise, mais aussi de créer des emplois qualifiés et de renforcer les compétences locales grâce à des formations spécialisées.
Bâtir un modèle économique durable
Au-delà des impacts économiques, le projet CSTAR pose les bases d’un modèle économique durable pour le Cameroun. Ce modèle repose sur la transformation locale des ressources naturelles, la création de chaînes de valeur intégrées et la réduction des dépendances extérieures. Il s’agit d’un cadre où la souveraineté économique ne se limite pas à un slogan, mais devient une réalité construite étape par étape.
« Nous devons être fiers de cette installation industrielle de dernière génération, qui va transformer localement le pétrole brut camerounais et consolider notre chaîne logistique intérieure.» a déclaré Nathalie Moudiki, Présidente du Conseil d’Administration de CSTAR. Elle ajoute : « Le Cameroun ne revendique pas sa souveraineté énergétique, il la construit.»
Une décision irréversible pour l’avenir
Le projet CSTAR symbolise une trajectoire irréversible pour le Cameroun. Il ne s’agit pas uniquement de répondre à une demande croissante en produits pétroliers, mais de poser les bases d’un système économique résilient. En créant une infrastructure de pointe, en captant la valeur ajoutée et en réduisant les exportations de devises, le Cameroun affirme son ambition de devenir un acteur clé de l’industrie pétrolière et énergétique en Afrique.
La question n’est plus de savoir si le Cameroun peut transformer son économie, mais à quelle vitesse il choisira de structurer cette transformation. Car les économies ne progressent pas sous la pression des contraintes, mais grâce à des décisions audacieuses et stratégiques.
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