Électricité : SOCADEL, 100 jours 107 milliards, et l’obscurité demeure
Cinq mois après sa nationalisation, la SOCADEL affiche un bilan contrasté. Entre légères améliorations chiffrées et coupures persistantes sur le terrain.
Cinq mois après sa nationalisation, la SOCADEL affiche un bilan contrasté. Entre légères améliorations chiffrées et coupures persistantes sur le terrain, l'heure de vérité a sonné.
L'épreuve des faits à Douala
Jeudi 8 octobre, l’heure était au bilan pour la Société Camerounaise d’Électricité (SOCADEL). Cinq mois après sa création par décret présidentiel, actant la renationalisation du secteur, l'entreprise était convoquée par le Ministre de l'Eau et de l'Énergie, Gaston Eloundou Essomba, pour une évaluation de ses 100 premiers jours. Autour de la table à Douala, le gratin du secteur électrique (Gouverneur, Préfet, DG de la SOCADEL, de la SONATREL et de l'ARSEL) s'est réuni pour répondre à une question centrale : le retour sous le giron de l’État porte-t-il ses fruits ?
Le constat initial est financier et il est brutal. Avant la reprise par l'État, le secteur accusait un déficit structurel de 13 milliards de FCFA par mois (30 milliards collectés pour 42 à 44 milliards de charges). Cent jours plus tard, la collecte est péniblement passée à 32 milliards. Une progression de deux milliards présentée comme encourageante, mais qui s'apparente, dans les faits, à une réponse homéopathique face à une hémorragie systémique.
Conséquence de ce déficit persistant : les autres acteurs de la chaîne (producteurs comme Globeleq et NHPC, ou le transporteur SONATREL) peinent à être payés intégralement. En nationalisant la distribution, l’État a nationalisé le déficit sans, pour l'instant, trouver la recette du redressement.
"Des ingénieurs qui agissent, non des procéduriers"
Face à ce constat, le Ministre a fait preuve d'une franchise inhabituelle, traduisant l'impatience du sommet de l'État : "On veut des ingénieurs qui agissent, et non des procéduriers". Un rappel à l'ordre cinglant pour une administration publique souvent engluée dans ses propres processus, et un appel à transformer rapidement la SOCADEL en véritable entreprise de services.
Car sur le terrain, le discours officiel se heurte au quotidien des Camerounais. Le Ministre concède lui-même être interpellé dans la rue sur les délestages. La coupure d'électricité à 19h n'est plus un simple aléa, c'est un fait social paralysant ménages et PME. Face à ce ras-le-bol, l'annonce de 45 053 normalisations de branchements ou la livraison de 16 000 compteurs communicants peine à convaincre les usagers plongés dans l'obscurité. Le manque de matériel de dépannage transforme par ailleurs la moindre panne de transformateur en coupure de plusieurs jours.
Des signaux de redressement à confirmer
Malgré ce tableau sombre, la direction de la SOCADEL met en avant des acquis pour ses 100 premiers jours :
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Baisse des alertes : Les plaintes pour coupures auraient chuté de 70 % entre avril et août.
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Ingénierie financière : L'obtention de facilités bancaires (un mandat de 60 milliards et un second de 200 milliards de FCFA) pour soutenir l'investissement et refinancer la dette.
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Lutte contre la fraude : Grâce à une vaste opération lancée en juillet, les encaissements liés aux fraudes ont bondi de 26 %. Une brigade nationale anti-fraude est annoncée.
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Économies : Six audits en cours ont déjà permis de réaliser 6,5 milliards de FCFA d'économies sur le fonctionnement.
La société déploie également un Plan d'Urgence 2026-2027 de 107 milliards de FCFA pour accélérer la digitalisation et améliorer la qualité de service.
"Les 100 premiers jours ne constituent pas une promesse de solution miracle", a tempéré Gaston Eloundou Essomba, préférant y voir "le point de départ du redressement". Si les 100 premiers jours furent ceux du constat, les 100 prochains devront être ceux d'un sursaut managérial, financier et culturel. Sans quoi, la SOCADEL ne sera perçue que comme un ENEO repeint aux couleurs de l'État, l'excuse du privé en moins.
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