Cameroun - Yaoundé : Le PCAC lance une campagne nationale pour repositionner l’agriculture biologique au cœur du modèle agricole camerounais
Le Cameroun pourrait amorcer un tournant décisif vers une agriculture durable. C’est le message fort porté ce 18 novembre à Yaoundé lors de la conférence de presse nationale du Pôle de Connaissances pour l’Agriculture Biologique et l’Agroécologie en Afrique Centrale (PCAC), piloté par le CIPCRE et ses partenaires, dans le cadre du projet CCAB soutenu par la GIZ.
Dans un contexte où le modèle agricole conventionnel montre ses limites, les chiffres interpellent : dégradation de près de 50 % des terres cultivées, pollution croissante des eaux, perte accélérée de biodiversité, pauvreté rurale persistante et dépendance alimentaire estimée à 20 %. Malgré son poids dans l’économie — 17 % du PIB et 43 % des emplois — le secteur agricole camerounais reste vulnérable et écologiquement fragile.
Face à cette situation, l’agriculture biologique (AB) et l’agroécologie (AE) apparaissent comme des alternatives crédibles et adaptées aux réalités locales. Elles promettent des sols restaurés, une meilleure biodiversité, des systèmes de production résilients et une souveraineté alimentaire renforcée. Dans son allocution, le Dr Jean Blaise Kenmogne, PDG du CIPCRE et coordonnateur du PCAC, a insisté sur « l’urgence de repenser notre modèle agricole », soulignant les « limites inquiétantes » du productivisme et les effets aggravants du changement climatique.
La campagne de plaidoyer lancée à Yaoundé vise ainsi à promouvoir une vision nationale cohérente en faveur de l’AB et de l’AE, tout en mobilisant les médias, les institutions publiques et les partenaires techniques. Le PCAC y présente son argumentaire stratégique, fruit de deux années d’analyses, de documentation et d’observation de terrain.
Parmi les obstacles relevés : un accès insuffisant aux intrants biologiques, des infrastructures de transformation inadaptées, des circuits de commercialisation peu structurés, les coûts de certification, et un cadre légal encore peu opérationnel. Le PCAC appelle à des mesures incitatives plus ambitieuses, notamment l’appui à la recherche, la vulgarisation des techniques biologiques, le soutien à la formation professionnelle, l’allègement fiscal pour les opérateurs du secteur, ainsi que la promotion de systèmes participatifs de garantie.
Le coordonnateur du PCAC a également salué l’adoption récente par l’Assemblée nationale d’un projet de loi sur l’agriculture biologique, tout en plaidant pour une application « plus incitative que restrictive », afin de faciliter l’essor d’un secteur encore en construction.
Au terme de la conférence, les organisateurs espèrent établir un cadre de collaboration durable avec les médias, afin d’amplifier la sensibilisation du public et de soutenir les initiatives agroécologiques sur l’ensemble du territoire.
Pour le Dr Kenmogne, la transition agroécologique « n’est plus une option, mais une nécessité stratégique » pour protéger les ressources naturelles, garantir la santé des populations et offrir des perspectives économiques solides aux futures générations.











