Sanaga : l'envers du décor des barrages hydroélectriques

Plus de 40 villages de la Haute-Sanaga dénoncent les impacts des barrages de Lom Pangar et Nachtigal. Entre noyades et précarité, le SYLAD réclame justice.

Sanaga : l'envers du décor des barrages hydroélectriques

Yaoundé, le 13 mars 2025 – Derrière les chiffres de production énergétique et les ambitions de souveraineté électrique du Cameroun, un drame humain et écologique se noue dans le département de la Haute-Sanaga. Lors d’une conférence de presse tenue ce jour à Yaoundé, la coopérative SYLAD-COOP/CA a porté la voix de milliers de riverains qui se disent « sacrifiés » sur l’autel du développement hydroélectrique.

Un écosystème en rupture de ban

Depuis la mise en service des barrages de Lom Pangar et les travaux de Nachtigal, le fleuve Sanaga n'est plus le moteur économique qu'il était. Le plaidoyer du SYLAD met en lumière une rupture brutale de l'équilibre entre l'homme et la nature. Les crues imprévisibles et les décrues incontrôlées ont transformé la traversée du fleuve en un exercice mortel : les noyades se multiplient et le régime hydraulique modifié rend la récupération des corps de plus en plus difficile.

Sur le plan économique, les indicateurs sont au rouge pour les populations locales :

  • Effondrement de la pêche : La modification du débit et de la température de l'eau a drastiquement réduit les stocks halieutiques.

  • Sinistre agricole : L'humidité persistante et les variations brutales du niveau de l'eau entraînent le pourrissement des cultures riveraines.

  • Crise sociale : Les sableurs, privés de leur gagne-pain, basculent dans la précarité, alimentant un exode rural massif et une déscolarisation alarmante.

Des failles de gouvernance pointées du doigt

Au-delà de l'aspect environnemental, c'est la gestion sociale du projet qui est fustigée. Le SYLAD dénonce une « défaillance grave » des études d'impact initiales. Selon l'organisation, les populations situées en aval n'ont jamais été consultées ni informées des risques réels liés à l'exploitation des barrages.

Cette opacité est d’autant plus critiquée qu’elle implique des acteurs majeurs : Electricity Development Corporation (EDC), mais aussi des bailleurs internationaux tels que la Banque mondiale, la BAD, l'AFD et la Banque européenne d'investissement (BEI).

L'urgence d'un audit social

Pourtant, des signaux d'alerte existent. Un rapport de la BEI publié en 2024 recommandait déjà un audit environnemental et social approfondi en aval, assorti d'un plan de communication urgent pour prévenir les risques liés aux lâchers d'eau. Sur le terrain, ces recommandations restent lettre morte pour les 40 villages impactés.

L'exigence des riverains est désormais claire : ils réclament une remise à plat des mécanismes de compensation et des mesures de sécurité concrètes. « Ces projets nous tuent à feu lent », alertent les délégués du SYLAD. Pour les experts économiques, ce dossier pose une question fondamentale : comment assurer la transition énergétique du pays sans détruire le tissu socio-économique des territoires qui accueillent ces infrastructures ?